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Rencontre de convenance

J'ai choisi d'accoucher par césarienne. Non, ce n'est pas une mise au monde par les voies naturelles, ni même rêvée par la plupart des futures mamans, mais c'est la mise au monde que j'ai choisie, à notre convenance à tous les 2, mon fils et moi.


"Ça passe". Voilà les mots de ma gynécologue lorsqu'elle m'apprend, sur le ton détaché qui la caractérise, que mon bébé est en siège décomplété. Comprenez qu'il a les fesses en bas et les pieds dans la tête, souple ce petit !

Moi, ce que je ne comprends pas, c'est la raison pour laquelle elle me précise que ça passe. Est-ce qu'on devrait en douter ? À ma réaction elle me propose une radio du bassin pour s'en assurer. OK vérifions.

Retour du radiologue : "En effet ça passe, mais pour un premier bébé on prend rarement le risque", me dit-il sans filtre, avant d'ajouter"vous finirez certainement en césarienne comme dans 80% des cas de sièges".

Pour me rassurer on repassera ! Ces mots vont raisonner, me faire douter. Suis-je capable de sortir ce bébé par voie basse ? Ai-je envie de le tenter ? Pourquoi prendre le risque pour seulement 20% de chances de réussite ? Mais surtout, ai-je le choix ?


La logique veut que les femmes accouchent par voie basse. C'est comme ça, c'est la norme. Et aller à l'encontre de la norme, c'est aller à l'encontre de l'avis des autres. Et des avis, ça j'en ai eu.

"Si on te dit que ça passe, fais leur confiance, ils savent ce qu'ils font", "C'est dommage de ne pas le tenter, tu risques de le regretter.", "D'autres avant toi l'ont fait, pourquoi pas toi ?", "Après une césarienne, tu n'auras plus le choix pour le 2eme".

Les injonctions fusent et mon cerveau bouillonne. On parle de mon corps, de la façon dont je vais mettre mon enfant au monde. Mais je me sens spectatrice et totalement novice. Un simple contenant qui n'a pas son mot à dire face à un corps médical compétent. Une simple primipare sans expérience à qui il n'est pas nécessaire d'expliquer les risques, les conséquences. Comme si la décision était déjà prise pour moi, pour nous.


Alors oui ça passe, les mesures sont bonnes, les conditions favorables sont réunies. Mais non, je ne souhaite pas tenter la voie basse.

Après tout c'est mon corps qui porte cet enfant, peut-être aussi ce même corps qui l'empêche de prendre la position idéale pour un accouchement dit normal. Alors qui de mieux placé pour savoir ce qui est le mieux pour nous ?

Ma décision est prise, reste maintenant à l'assumer. Pas la partie la plus simple. Car on ne va pas se mentir, face à l'avis des professionnels, on ne se sent pas légitime. Et face à cette gynécologue dénuée de bienveillance, qui qualifie ma génération de "chochotte et assistée", je me sens infantilisée.

Que va t-elle penser de moi ? Capricieuse ? Chochotte ? Assistée ? Peu importe, j'assume. Je prends déjà mon rôle de maman à bras le corps, je me lance.

Après un long silence à trifouiller son ordinateur, sans commentaire, ni même un regard, elle répond enfin :"J'ai le 3 ou le 4, vous voulez quelle date ?". À son image, une réponse froide, sans empathie, mais une réponse qui me soulage.


S'en sont suivi 2 semaines d'attente et de doutes, à espérer que bébé se retourne puis finalement qu'il ne se retourne pas et qu'il attende sagement sa "date de sortie".


Bref, nous sommes le 2 octobre 2019 et demain je serai maman.



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